Ce plat qui se mange trop froid.

C’est drôle, ou triste.

Si tantôt, et on parle seulement de quelques heures plus tôt, j’étais assise à une table de cuisine bien entourée, verre de vin à la main, tout le monde heureux, bavard et festifs, je m’y sentais bien, sans trop penser à mes décisions d’hier et à mes actions de demain, ce n’est plus le cas maintenant.

Et… on parle de quelques heures à peine, juste un peu plus tôt en ce froid samedi soir.

Pourtant, je suis toujours assise à une table de cuisine, mais entourée de quatre belles chaises vides. Tellement vide, que même toi tu n’y est pas. Toi qui n’est jamais très loin là où je vais, toi qui fait partie de moi, toi qui partage mes projets, mes idées et mes décisions. Non, tu n’es pas là. Tu m’as abandonnée et t’es aller te coucher.

Quatre belles chaises vides. Tellement vide que mes remords se sont invités. Tellement vide que la couleur des murs s’est estompée et ils se sont peinturé avec la couleur de ma culpabilité.

Pi toi, tu vois ça comment? Tu te sens comment? En fait, premièrement… sens-tu? Sens-tu quelque chose? Si oui, tu ne sens pas la même chose que moi. Tu ne peux et ne pourra jamais sentir tous ces sentiments et ce cocktail d’émotions qui ne se boit pas ensemble. C’est trop un drôle de mélange, c’est pas bon de toute façon. J’aimerais bien t’y faire goûter pourtant, à ce poison qui est en train de me dévorer le corps et la tête mais c’est impossible. Alors autant mieux le boire seul, assise à cette table. Cette table trop vide.

Je n’ai plus faim. Cette semaine j’étais affamée mais j’ai payé. J’ai même tout rejeter. Ce n’est pas bon pour ma santé. T’es chanceux toi, bénit comme toujours, de ne pas avoir à y goûter. Goûter, sentir, aimer et détester, ce plat qui se mange froid. Je t’épargne tout ça et pourtant, c’est le fruit de notre recette, qu’on a pas trop suivi à la lettre, mais qui a donné un résultat. Un résultat beaucoup plus inattendu que je l’avais prévu.

Mais encore une fois, pour te protéger et ne pas te laisser empoisonner, je me suis sacrifiée et j’ai goûté. Goûté pour moi, pour toi, pour nous deux ou même pour trois. J’en ai mangé une sacrée platée.

Mais le pire, ce qui me déchire, ce qui me fait «spiner» la tête dans toute les directions, ce qui me remet le plus en question, c’est de ne pas comprendre comment tu peux me regarder me forcer à manger, ne pas avoir tant de pitié et à peine penser à me demander comment mon corps et ma tête prend notre plat cuisiné… Je subi, je n’ai pas choisi, mais… fille avec un trop grand coeur comme je suis, je préfère me forcer à avaler que de te dire que c’est de la merde, toutes ces conneries, tout ce temps perdu, toute cette souffrance physique et ô combien moral, toute cette confiance que j’ai perdu, en moi, en toi, en nous deux, à travers les épreuves. Je t’évite tout ça, et moi je me le répète sans cesse que je subi, que j’ai mal mais qu’aussi, je me tourne la langue sept, huit et neuf fois et je ravale au lieu de toute te balancer par la tête et te faire mal.

Mais toi, tu n’as même pas conscience que je me torture à vivre et à manger notre recette seule. Tu n’arrives même pas à partager ne serais-ce qu’une portion de mes émotions. Mais, je ne t’en veux pas.

J’en veux à la vie de me faire subir ça, de me lancer un ultimatum autant tuant. Je m’en veux de vivre ça toute seule avec mon dedans.

De toute façon, tu ne seras jamais assez proche de moi pour sentir ces pulsions. Ces émotions qui sont trop loin en moi, tu ne pourras jamais y arriver…non.

J’ai mal. J’aurai mal. J’aurai des cicatrices et des écorchures toute ma vie. Dans mon corps et surtout, dans mon cerveau. Ce n’est pas beau. Mais toi… t’es chanceux, tu évites tout ça car tu ne portes pas et ne portera jamais ma peau.

J’ai presque terminée de mâcher et d’avaler cette dernière bouchée. Je sais par contre que celle qui s’en vient, la dernière, sera celle qui me fera le plus de peine et de misère.

Je ne pourrai jamais pour autant en être fière. Je ne pourrai jamais pour autant revenir en arrière.

Mais je saurai désormais que je suis une guerrière mais sans coeur de pierre. Une guerrière… avec le coeur pur comme celui d’une mère.

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Un commentaire

  1. […] Ce plat qui se mange trop froid. […]

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