Tes souliers sont détachés depuis un soir d’été

Par Suzie
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T’es essoufflée hein?

C’est pas au dernier kilomètre de ta course que ça a commencé non plus, je le sais. Je le sais parce que je te regarde aller depuis des années et puis ça fait longtemps que t’es brûlée. Ça fait longtemps que t’as un peu plus de misère qu’avant à avancer. T’es fatiguée, t’as plus d’énergie pour continuer cette course dont on ne sait même pas s’il y a vraiment une ligne d’arrivée. Ça fait longtemps aussi que t’es plus aussi motivé.

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Sauf que là, tu te traîne les pieds et si tu continues, ils vont te lâcher et puis tu vas tomber. Et ça risque de ne pas seulement égratigner mais plutôt te faire saigner.

Tu ne sais pas pourquoi il y a quelques mois encore, t’avais l’impression que tu courrais en respirant l’air frais. Les paysages étaient beaux, parfois il pleuvait mais plus souvent qu’autrement, c’est le soleil qui brillait. La vitamine D, c’est certain que ça te donnait toute la belle énergie que t’avais de besoin pour continuer de courir, courir, courir, tout en gardant ton sourire mais sans vraiment savoir ce que te réservais l’avenir.

L’avenir s’est pointé plus vite que la ligne d’arrivée.

T’avais mal aux pieds, je le sais. Mais tu te fermais les yeux. Moi je t’en ai parlé une soirée de l’été dernier, que tu ne l’avais peut-être pas encore remarqué mais que tu commençais à bouetter. Non attends, je me rappel bien, c’est pas toi qui semblait avoir le plus de difficulté encore à cette époque. C’était plutôt ton partner de course. Celui qui te motivait et qui te donnais le goût de devenir meilleur. D’aller plus loin dans la piste, d’aller plus vite aussi. Celui qui courrait avec toi était tout aussi fort, c’était tellement plus plaisant et plus facile. Quand le temps arrivait de prendre une pause durant ta course – interminable – t’avais lui, qui t’attendait en souriant et qui était toujours prêt. Toujours prêt à te relayer, toujours prêt à performer, toujours près pour continuer. Continuer d’avancer, continuer d’élever la famille, continuer de vivre, continuer de survivre.

Mais il s’est enfargé ton co-équipier pi pas à peu près. Il est tombé en pleine face, direct sur l’asphalte et il était loin d’avoir vu ce qui le ferais dérapper autant que ça. Personne l’avais vraiment vu en fait, sauf moi peut-être. Mais hein… je t’en avais parlé durant cette maudite soirée d’été.

T’as peut-être pas voulu m’écouter. T’as peut-être plus voulu tout oublier le passé, puisque c’était déjà arrivé. T’as surtout voulu te protéger et continuer de vivre dans ton conte de fée. Mais la réalité, même si elle peut se cacher, elle fini toujours par se repointer. Elle arrive sans sonner, sans même avoir les mains lavées, sans la pitié et puis elle te demande de la confronter.

Caliss que c’est pas facile. 

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Depuis ce temps, toi, heureusement, tu cours toujours. Mais c’est maintenant l’énergie de deux coureurs que t’as de besoin au lieu d’un seul. Si tu veux continuer de vivre, si tu veux continuer d’offrir à tes enfants tout ce dont ils ont de besoin, si tu veux continuer d’aimer, si tu veux continuer d’être là.

T’es essoufflée mais tu tient encore debout. T’es brûlée raide, mais t’es toujours aussi belle et souriante. T’es fatiguée, mais maudit, t’es encore capable d’avancer et de la maintenir debout ta famille. T’es tellement la meilleure coureuse de la ville. T’es tellement la meilleure coureuse de la vie.

Continue, s’il te plait ma douce, continue. Je sais que t’es capable malgré les blessures. Je le sais aussi que tes lacets sont détachés mais attend avant de t’enfarger. Attend que j’arrive derrière toi pour prendre le relais. Parce que même si tu ne t’en doute même pas, ça fait un bout moi que je savais que ton partenaire de course allait bientôt te lâcher. Pas par sa faute, c’est bien triste, mais il n’a plus cette belle capacité. Alors j’ai commencé à me crinquer et à m’entraîner. Pas parce que c’est ma nouvelle passion. Pas parce que j’ai le temps. Je le fais, simplement parce que tu as ce besoin, de te reposer à ton tour. De laisser aller un peu les choses et de te recentrer sur toi-même. De laisser prendre à ton coeur des petites vacances. De laisser de l’espace aussi dans ta tête de femme trop endurante.

J’arrive, ce ne sera pas long. Continue encore un peu et je te jure que tu ne le regrettera pas. À défaut d’avoir perdu ton partenaire de course – celui que tu aimais tant mais qui n’est plus le même qu’avant – je serai celle qui te poussera à aller plus loin, à te rendre meilleure mais pour l’instant, je serai celle qui te demandera de te reposer car, crois-moi, c’est ce dont tu as de besoin pour continuer ton chemin.

J’y suis presque, attend. Tout changera à partir de maintenant. Il est déchaîné mais bientôt, oui bientôt, il va se calmer ce vent.

Et tout ira bien dorénavant. Et tu recommenceras à courir lentement, mais beaucoup plus longtemps.

12s.25

 

 

 

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2 commentaires sur « Tes souliers sont détachés depuis un soir d’été »

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