Ce maquillage sur ton visage

T’es là, dans la pièce à côté de moi.

Je te regarde pi je t’en veux. T’es là, couché sur le divan du salon pendant que je suis à la table de cuisine.

Le silence est beau. Mais le nôtre est tellement lourd.

Je ne supporte plus ce temps où on pèse ben fort sur «pause», ce temps où le son s’arrête pour faire place à son chum Malaise. Ils ne viennent pas toujours ensemble ces deux là, pi une chance. Parce qu’ensemble sont lourd. Sont même insupportable. Toi, t’as pas l’air d’avoir trop remarqué, t’as même pas l’air de remarquer que le plus terrible des deux vient d’arriver. Ben oui criss, réveille. Me suis-tu? Je te parle du malaise. Celui qui ne sort pas trop souvent de chez eux pour venir nous rendre visite pourtant. Ben caliss, aujourd’hui il est débarquer sans même appeler pi en plus, se permettre d’habiter la pièce comme s’il était chez lui.

Pi il n’est pas juste assis à table à côté de moi. Il règne dans la place.

Je te regarde, pi je t’en veux. Je t’en veux de ne pas faire en sorte que ce soit lui le malaise. Que tu lui fasses sentir que ça place – à c’te maudit là – est nulle part pi encore moins icitte.

Je t’en aurais moins voulu si t’avais osé parler. Si t’avais osé au moins, le regarder du coin de l’oeil avec une face de bitch pour qui comprenne le message si t’étais trop gêné d’y demandé de foutre le camp en même temps que le vent.

Je t’en veux parce que t’as même pas l’air de sentir qu’il est dans le même 4 et demi que nous deux. Y’a quelqu’un de trop icitte. Je sais pu c’est qui, mais c’est pas assez grand pour accueillir 3 personnes pi encore moins pour faire rire de bon coeur 3 personnes. Rire de bon coeur, ouais mon oeil. Rire. Coeur. Bon. Détache-les mots, pour ce soir ça fait plus de sens quand on les assemble pas il m’semble.

Criss, je viens d’aller te voir dans pièce d’à-côté. T’as quasiment l’air ben. Tu m’as même pas regardé. Ben non, on sait ben, ça pas l’air de te déranger. Aweille, dit de quoi. Pour une fois que je fais ma patiente pi que je laisse les deux bozos de Silence pi l’autre cave, Malaise se permettre d’être ici sans leur fermer la porte au nez. Parce que je ne tolère pas ça moé. J’ai toujours un mot a rajouté par dessus leurs p’tites têtes pour qui comprennent pi assez vite. Parce que j’ai pas ça moé, du temps à investir avec du monde que j’haï déjà leur face dès la première fois. Silence pi Malaise, je ne les ai jamais vraiment feeler pi tu le sais. Fack pourquoi à soir t’as décidé de leur laisser gagner toute la place dans mon chez nous – mon chez nous à moé – pi de me faire sentir comme si c’était moi qui est de trop sur la table, bien accoudée avec la face fanée?

J’suis revenue m’installer à la table pour éviter des dommages. Sans trop m’en apercevoir, mon oeil gauche tire toujours vers le mur à côté de moi. Le mur qui sépare la cuisine du salon. Le mur qui sépare ta face de la mienne. Une chance qu’il est là, ça me permet de l’oublier pendant 10 secondes pi de ne pas avoir envie de la serrer entre mes deux mains, te fixer ben raide dans tes deux affaires qui te permettent de voir pi de te dire :

POURQUOI CRISS?

Pourquoi t’es rendu de leur bord? Tu ne changes pas crew de même, ça te ressemble pas ça! Ressembler? Je ne sais même plus à quoi tu ressemble tellement tu te maquille pour camoufler tes imperfections. J’suis là à me demander si j’ai déjà su au fait, à quoi t’as déjà ressembler.

Quand t’es démaquillé.

Te ressembles-tu? Je suis sur que t’es plus beau.

Plus le temps passait, plus tu te maquillais. Il y a quelques fois où ça feelait moins fort que je t’ai dit que je trouvais ça moins beau. Avais-tu changé de marque? Ou ça commençait de moins en moins bien à cacher tes boutons? Ben oui, tes imperfections. Au début tu en avais quelques-unes oui, mais ça c’est normal mon chéri. Mais je pense que tu t’es tellement beurrée la face épaisse de plein de produits différents pour t’arranger la face pi que tu utilisais tellement de produits – pi de plus en plus à chaque semaine – que t’as fini par pu te souvenir de lequel tu m’avais montré pi parlé pi t’as tout mélangé.

Fack ça faite ressortir tes petites imperfections que je ne voyais pas sous ton maquillage avant.

T’as trop abusé du make-up chéri. Il ne fait plus son effet. Il provoque un effet contraire, on dirait que la roue se met soudainement à tourner contre le vent. On dirait que le train est en train de décoller pour un long voyage, pi dans le mauvais sens appart de ça.

Quand t’es arrivé chez nous, t’avais une drôle de face. Une face pas belle, pas douce, une face qui n’était pas la tienne. Je n’ai même pas pris le temps de te regarder, toi et tes traits doux du passé, que t’es imperfections à la con m’ont sauté dans ma face. Ma face à moé. Eye, un aveugle aurait pu te dire que ta peau était en train de se laisser mourir. Parce que même elle ne pouvait plus supporter tout le maquillage que tu lui donnais pour qu’elle se taise.

Pi c’est là que j’ai commencé à me poser des questions, quand j’ai vu toutes les imperfections. Pi c’est là, que j’ai commencé à te poser des questions. Je mens, tu mens, nous mentons.

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Nous avons des imperfections.

Mais toi t’en a plus que tout le monde on dirait. Tu devrais te calmer parce que tu vas devenir la face pleine de boutons.

Le pire dans tout ça, c’est que j’ai bien voulu te démaquiller deux fois. Mais t’es lâche. Au lieu de prendre le temps de tout effacer, afin de tout recommencer ce beau travail que tu avais fait jusqu’à présent, ben t’as dit tout simplement que je pouvais croire en toi : que même en allant te coucher bien maquillée, demain tu allais être encore notre amour et notre beauté. Fack le lendemain ben t’as juste recommencé. Recommencé à te maquiller, pi tu t’étais pas démaquillé.

Sauf que tes imperfections ont prit trop de place. T’en a du front au menton.

Malgré toutes mes recherches pour trouver une belle solution et malgré le fait que nous nous aimons, on m’a dit qu’il n’existait pas encore un produit pour enlever autant de bouton.

J’te vois pas, à cause du mur, mais je t’entends respirer. Pi je t’en veux encore, d’avoir été si lâche pi de t’endormir en me laissant seul, à souffrir.

J’ai oublié de te dire, Silence pi Malaise ont l’air bien parti pour rester à coucher.

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