L’ingrédient qui manquait

On aurait dû garder notre première idée ce matin-là.
D’ailleurs, c’est ça qu’on dit que notre première idée est toujours la meilleure, non? Moi qui est une fille de feeling pourtant, comment la situation a pu m’échapper autant?
C’était supposé être des crêpes choco-bananes ce matin-là. Tu me l’avais promis parce que j’arrêtais pas de te dire à quel point j’aimais ça pour déjeuner. J’arrêtais pas de dire aussi que j’étais une femme comblée, quand je déjeunais avec ces crêpes. Pi que j’étais encore plus comblée, quand elle étaient saupoudrées de ce petit ingrédient qu’on ne trouve pas nécessairement au resto… Tsé ce petit ingrédient magique courrament appelé passion et petit papillon.
Mais tu m’as dit qu’il te manquait des ingrédients pour faire les crêpes.
C’était des oeufs, du lait ou de la passion qui manquait au fond? Je ne t’ai même pas demandé. En fait, je n’ai pas eu à le faire.
Fack c’est à ce moment-là, encore enroulé dans les couvertes au chaud, pieds qui se touchent et manque de motivation pour sortir de notre petit nid que tu m’as dit : ah pi f*ck off là, on va au resto. Il y en a un qui sert des bons petits dej, juste ici, à côté.
Je savais qu’on aurait dû manger des crêpes choco-bananes. Parce qu’au resto, il manquait un ingrédient dans ma gaufre pi dans ton assiette immense trop dégeu que tu t’es enfilé en quelques minutes à peine. T’as choisi de prendre la voix facile en allant au resto, parce que tu le savais toi que notre repas ne serait pas épicé et sucré comme notre tout premier souper au resto. Tu savais que ce resto n’ajoutais pas de magie dans ses repas. D’ailleurs, la serveuse nous a pas demandé comment on prenais notre dej. Peu, moyennement ou très relevé? Pourtant, à notre premier souper en tête-pas sià-tête, on m’a demandé comment je prendrais mon tartare. J’ai levé les yeux vers le serveur et j’ai dit : moyennement relevé.
J’ai mangé mon tartare comme j’ai vécu notre courte relation – moyennement relevé.
Je savais qu’on aurait dû manger les crêpes choco-bananes. Ça aurait été meilleur qu’au resto, pi t’aurais pas été empoisonné. En plus, cette fois-là, j’avais pris la peine d’amener un petit restant d’ingrédient magique dans un petit pot. Mais je n’ai pas eu le courage de le sortir, étant donné que t’as choisi le resto. La passion et les petits papillons sont donc restés sous le couvercle. Je n’ai pas eu le temps d’ouvrir le pot et de te faire goûter à mes petits ingrédients qui sont faits par moi-même. La recette devient toujours meilleur avec les années. Par contre, je pense que la il y avait un petit gout amer, parce que ça faisait déjà un moment que je n’avais pas ouvert mon pot.
Je savais qu’on aurait dû garder notre première idée. Tu aurais dû m’écouter. Parce que je pense que le resto auquel nous sommes allés t’as royalement empoisonné. Mais sur le coup, t’avais l’air en forme. Je suis donc parti le temps de 4 heures. Je ne sais pas comment ton corps ou plutôt ta tête a subi comme intoxication après le déjeuner du resto qui manquait de saveur. Je ne sais pas, moi je semblais avoir bien digéré le tout pourtant. Mais toi, quand je suis revenue, je te jure, tu me semblais étrange. Tu ne me semblais pas toi. Pas le gars avec qui j’avais dormi et déjeuner le matin même. J’suis sûr que c’est le resto qui t’as empoisonné, je te jure. Je te l’ai dit, on aurait dû garder notre idée. Tsé, les crêpes choco-bananes. Je ne lâche pas le morceaux. Mon envie n’est pas encore rassasiée. J’attends toujours ton offre de me les faire pour de vrai cette fois.
Je ne sais pas ce qui c’est passé entre ta dernière bouchée de toast au resto et le milieu de l’après-midi. Quand je suis montée en ville, tu m’as embrassé et tu m’as dit : à tantôt! Et quand je suis revenue dans notre chez nous – en basse-ville – tu m’as donné un coup de mains avec mes boîtes et tu m’as aidé à les entrer chez moi. Je pense que les effets néfastes de ton empoisonnement du petit dej t’ont vraiment monté à la tête. Parce que tu m’as regarder avec des yeux qui n’étaient pas les tiens. En tous cas, pas ceux avec lesquels tu déposais ton regard sur moi comme à l’habitude. Tu étais présent physiquement – en chair et de tous tes os – devant moi, mais ton regard laissait un grand vide. Tu étais absent. Pourtant moi, comme je te dis, j’allais bien. Mon déjeuner ne m’a pas semblé empoisonné, parce que je n’avais pas changé d’idée. Toi, avec tes yeux trop blancs vides d’émotions – qui étaient tellement vide qu’il n’y avait plus de place pour le bleu de tes yeux – tu m’as regardé et tu m’as dit. Je pense qu’on est mieux d’arrêter ça là. Tu m’as dit ça de pas ton être, je ne te voyais pas. Tu m’as balancé ça comme ça, sous la pluie, un jeudi après-midi avec les mains pleines de boîtes que j’ai laissé tombées pour te regarder directement dans le blanc de tes yeux et te dire : est-ce que c’est une blague? Je te jure, ton âme était si vide à ce moment que je croyais réellement que s’en était une.
Je sais que ton petit dej manquait vraiment de ce petit ingrédient magique au resto. Je sais aussi que tu n’as pas bien digéré ton petit déjeuner. On va mettre la faute sur les cuisiniers.
On aurait dû suivre notre première idée, qui est la meilleure, comme y disent. T’aurais dû aller acheter le lait et les œufs qui manquaient. Pi moi, pendant ce temps, j’aurais ouvert mon petit pot et j’aurais déposé juste quelques grains de l’ingrédient qui manquait à notre relation pour qu’enfin, on puisse les manger, ces crêpes choco-bananes.

S. xox

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